Ganesha

Claire Arthus-Champon (2010 et 2014)


GANESHA, le dieu le plus populaire en Inde    

 

Ganesha est le dieu le plus populaire en Inde car le plus utile dans la vie de tous les jours : c’est le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation, de la prudence, il est donc aussi le patron des écoliers, le protecteur des sciences, des lettres et des études. On dit que, par la puissance de sa pensée et de sa mémoire, il écarte les obstacles et l’ignorance. Il porte chance, alors il bénit les mariages et on l’invoque avant un voyage ou pour n’importe quel projet.
 
 Il est vénéré, sous différents noms autant par les hindouistes que les bouddhistes et les jaïns (Ganesha / Isha = Seigneur, Ganapati / Pati = protecteur, Vighnantaka = celui qui abolit les obstacles, Gopal...) . Même les chrétiens et les musulmans d’Inde acceptent sa protection.

Bien qu’on le qualifie de fils ainé de Shiva et Parvati, les représentations d’un éléphant sacré sont tout aussi anciennes que les premières représentations d’un yogi considéré comme l’ancêtre du dieu du Yoga, Shiva. En fait, les fervents adeptes de Ganesha le reconnaissent lui, plutôt que Shiva, comme le Seigneur du Yoga.

  Ganesha a 2 épouses : Siddhî (la Force Mystique) et Buddhi (la Conscience).

Son mantra : Ôm   (Ôm, shri Ganeshaya namah !)
Sa couleur : rouge
Son yantra (dessin symbolique) : la svastika, signe de bon augure

 

Ganesha est un dieu avec un corps d’enfant au ventre rebondi et une tête d’éléphant. L'éléphant est le symbole du potentiel humain à atteindre l'illumination. Il est souvent représenté chevauchant un rat ou une souris pleine d'astuce et capable de passer n'importe où, Mushaka.
Mais parfois il danse comme son père Shiva, Nritya-Ganapati est le nom de Ganesha dansant : par le mouvement de balancement du pied gauche sur le pied droit, Ganesha fait apparaître et disparaître le monde. Sa danse est l’expression visible du battement de cœur de l’univers, le rythme sous-jacent qui unit toutes les formes existantes, aussi balourde ou bizarre que cette danse puisse paraître à première vue.

 

 

Mais pourquoi Ganesha a-t-il une tête d’éléphant ?

La légende raconte que Parvati implorait son époux Shiva de lui donner un fils, mais celui-ci ne voulait rien entendre car les temps étaient troublés et il n'avait aucun désir de fonder une famille. Il se retira longuement pour méditer dans l'Himalaya, et sa femme Parvati se retrouva bien seule. Elle décida alors de se faire un fils : avant de prendre son bain quotidien, elle le façonna avec un peu de poussière de son corps mélangée à de la rosée. Elle enjoignit alors à Ganesha  de garder sa porte de tout intrus.
Quand Shiva revint de sa méditation, Ganesha l’empêcha d’entrer comme les autres. Furieux et ignorant qu’il s’agissait de son fils, Shiva décapita le gardien obstiné de sa femme.
Alertée par ce tumulte, Parvati arriva en courant et, voyant son fils sans tête, elle invectiva Shiva d’abord pour l’avoir laissée si longtemps puis pour ne pas avoir reconnu son propre fils… Shiva consola son épouse en lui promettant de remplacer la tête coupée par celle du premier être vivant qu’il rencontrerait... ce fut un éléphant. Ganesha avec la tête d’éléphant fut dès lors ordonné « Gardien du seuil ».

 

ICONOGRAPHIE
On le représente donc avec un gros ventre et un minimum de quatre bras, assis sur un trône en lotus ou sur sa monture, la souris Mushaka, ou encore comme un dieu dansant. Ses attributs les plus fréquents sont le lacet, le crochet et un plat de friandises. Sa ceinture est un serpent.

  •  La tête d’éléphant : en Inde, l’éléphant est réputé pour son intelligence et sa fidélité. Parfois 2, 3, 4, 5...10 têtes.
  • Les oreilles sont  assez grandes pour écouter les supplications de chacun et séparer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas pour le suppliant.
  • Son ventre énorme symbolise l’univers (toute la manifestation est contenue en lui). Il montre aussi que l’homme dans sa recherche de Vérité, peut ingurgiter et digérer toutes les expériences qu’il vit. Sous cette apparence aimable et très humaine mais en même temps détentrice des principes élevés du yoga, il est le paradoxe incarné : les plaisirs terrestres ne doivent pas être un obstacle à une intelligence spirituelle profonde des choses.
  • Les bras multiples ne sont là que pour présenter les attributs divins.
  • La hache est l’arme qui triomphe des ténèbres, c'est-à-dire de l’ignorance pour délivrer l’homme de ses liens avec tous les problèmes terrestres.
  • Le lacet ou nœud coulant est symbole tant de l’attachement aux choses terrestres que du pouvoir de la divinité d’attraper le mal et l’ignorance.
  • Le crochet à éléphants : cet aiguillon est signe d’action et représente la faculté de distinguer et de diriger les mobiles de l’esprit (attribut spécifique de Ganesha et Skanda, son frère).
  • Le cordon sacré est passé autour de l’épaule gauche et de la hanche droite, il est une composante de l’habillement de tous les dieux, toujours réalisé dans un matériau et un style qui s’accordent avec l’habillement et la parure du dieu et de l’aspect sous lequel il se manifeste. Ganesha a souvent un cordon de serpents.
  • La boucle d’oreille en serpent est aussi parfois portée par Ganesha.
  • Le rat symbolise, aux yeux des hindous, l’astuce et une forme d’omniscience, puisque sa petite taille lui permet de se faufiler partout et de tout observer sans être vu. C’est aussi un animal glouton, ce qui renvoie à l’obésité de Ganesha, signe que le dieu est riche et donc capable de donner abondamment.
  • Le plat de friandises (biscuits, boulettes de farine sucrée, fruits) : c'est la récompense joyeuse du chercheur de vérité progressant sur le chemin spirituel !

Et pourquoi n’a-t-il qu’une seule défense ?
Plusieurs versions pour cette défense brisée, souvent tenue dans la main droite.                        

  • En coupant la tête, Shiva brisa une défense...
  • Au début du Mahabharata, célèbre épopée en Inde, alors que le sage Vyasa raconte son histoire à Ganesha, celui-ci s’arrache une défense pour pouvoir écrire à une vitesse prodigieuse. C’est pourquoi Ganesha est aussi considéré comme le dieu des écrivains.
  • Krishna veut remettre à Shiva la hache sacrée dont il est le dépositaire. Lorsque Krishna arrive, Shiva est dans la chambre conjugale avec Parvati, soigneusement protégée par Ganesha. L ‘enfant garde la porte de ses parents qui copulent paisiblement. Dans cette scène, Ganesha porte déjà sa tête d’éléphant car le conflit avec Shiva est passé. Et puisque l’enfant est gardien de la chambre, il barre la route à Krishna qui, furieux, lance la hache sacrée sur Ganesha et une défense se brise.
  • L’enfant dieu très gourmand chevauche un rat. Sur la route, un grand serpent fait peur au rat, qui se cabre. Ganesha tombe à la renverse, son ventre éclate, laissant s’éparpiller sucreries et gâteaux. Tranquille, Ganesha les ramasse, les remet dans son ventre et se sert du serpent comme ceinture. Voyant cela, le dieu Lune et ses épouses, les 27 constellations, éclatent de rire. Furieux, Ganesha s’arrache une défense et la lance contre le dieu Lune, qui devient noir. Malheur ! Il y avait deux astres lumineux, le Soleil et la Lune, et maintenant il n’y en a plus qu’un seul, car le dieu Lune est devenu noir. Les dieux négocient. Ganesha accepte de pardonner, mais... seulement à moitié. Le dieu Lune ne sera pas noir constamment, mais... seulement à moitié. Il sera lumineux par intermittence et c’est ainsi que naissent les cycles de la lune.

                Il est toujours dessiné sur les portes des maisons dont il protège l’entrée (ou bien son symbole : Ôm) et en août ou septembre une grande fête est célébrée en son honneur : on façonne des statues d’argile non cuite à son image, auxquelles on fait des offrandes de fruits et de friandises durant 15 jours dans des reposoirs installés le plus souvent en plein air, et à la fin de la quinzaine, les statues sont portées en procession jusqu’à un point d’eau :  rivière, lac, où elles sont rituellement noyées pour qu’elles retournent à la terre après usage. Ce jour-là, on jette de la poudre rouge (la couleur de Ganesha) sur tous les passants dans la rue.

     

L'invocation à Ganesha

 

VAKRA TUNDA MAHĀ KĀYA

SŪRYA KOTI SAMAPRABHA

NIRVIGHNAM KURU ME DEVA

ŚUBHA KĀRYESU SARVADA

 

"Oh ! Ganeśa à tête d'éléphant, oh ! Toi tout puissant,
Tu resplendis de mille soleils !
Eloigne pour toujours, je T'en prie,
Tous les obstacles qui pourraient entraver la réalisation de mes bonnes actions."

 

GANESHA CHATURTHI : « Ganapati bappa morya ! Mangal moorti morya ! »
Le Seigneur Ganesha  est vénéré au cours de Ganesha Chaturthi, une fête indienne parmi les plus populaires,  célébrée dans toute l’Inde, mais particulièrement populaire à Mumbai et Pune, dans l’Etat du Mahārāshtra. Elle a lieu pendant le 6° mois du calendrier hindou, donc entre le 20 août et le 15 septembre et dure un nombre impair de jours, de 3 jusqu’à 11 ou 13 jours selon la tradition familiale. En 2014, Ganesha Chaturthi a été célébrée le 29 août.

Le premier jour de ce festival, les Indiens se baignent en signe de purification, nettoient leur maison puis vont acheter une représentation de Ganesha qu’ils rapportent en procession chez eux, où elle est installée sur un autel et décorée. L'idole est alors conservée une dizaine de jours pendant lesquels des prières et des chants spécifiques lui sont adressés matin et soir. Des offrandes, notamment des sucreries, lui sont faites et sont également distribuées.

                                   

Le dernier jour de la célébration, les statues sont portées en procession à travers les rues vers le lieu de leur immersion (mer, lac, rivière, réservoirs d'eau creusés pour l'occasion, voire un seau d'eau...) par les dévots qui scandent « Ganapati bappa morya ! Mangal moorti morya ! » (« Père Ganapati, reviens-nous ! Toi qui portes chance, reviens-nous ! » Danses, chants, et fanfares accompagnent la procession colorée dans un joyeux brouhaha.

                                                                                                                          

Traditionnellement, les idoles représentant Ganesha sont façonnées avec de l'argile prélevée à proximité du domicile des dévots et retournent à la terre par immersion dans un point d'eau proche : le cycle de la création et de la dissolution dans la nature est ainsi respecté.
Toutefois, la production d'idoles étant devenue une véritable affaire commerciale, l'argile est le plus souvent remplacée par du plâtre, plus facile à mouler, plus léger et moins coûteux, voire du plastique et l’idole sera alors réutilisée d’année en année.

Pour de belles images de l'immersion de Ganesha :   Diaporama de l'agence Reuters