Stage au RIMYI, 2017

Claire Arthus-Champon, mars 2017


STAGE au RIMYI, février 2017

Un nouveau séjour à l'Institut et un peu de tourisme en Inde

 

 

Après une première expérience au RIMYI en août 2014 (lire l'article), dans un contexte très particulier puisqu’au moment du départ de BKS Iyengar à l’âge de 95 ans, je ressens à nouveau la nécessité de venir au plus près de cette source même en l’absence de celui qu'on appelle toujours avec respect et affection "Guruji". Son fils Prashant, ses filles Geeta et Sunita, sa petite-fille Abhijata ainsi que d’autres professeurs indiens qui enseignaient déjà bien sûr à l'Institut, continuent avec passion cette transmission dans un profond respect de l'enseignement qu'ils ont reçu.
Chacun incarne à sa façon ce message d’un père, d’un grand-père mais surtout du maître que fut BKS Iyengar :

«C’est mon profond espoir, que ma fin puisse être votre commencement. »

 

 
 
En 1974, BKS Iyengar a bâti ce modeste Institut à côté duquel vit la famille Iyengar, un lieu resté très authentique, dans une calme rue résidentielle de Pune où vélos et vaches se sont longtemps partagé l’espace. 43 ans plus tard, motos et voitures l’encombrent régulièrement, d’autant plus qu’un grand centre commercial s’est construit à proximité.

                                                                   
    
Ce très beau Krishna et bien sûr Ôm nous accueillent à l’entrée de l’Institut : chaque mois, une centaine d’étrangers du monde entier rejoignent le RIMYI, la plupart venant pour un mois complet. Pour ce mois de février 2017, 15 Français se sont retrouvés ou rencontrés sur place.

 

                                        

 
 Nous pratiquons en même temps que les Indiens pour lesquels l'Institut est tout simplement le lieu habituel pour leur(s) cours hebdomadaire(s). Notre cours quotidien de 2 heures a lieu dans la grande salle du 1° étage, il est en principe suivi d’une pratique autonome de 2 à 3 heures. Geeta et Abhijata Iyengar ont également proposé des sessions pédagogiques complémentaires durant ce mois de février, afin de repréciser des points d’enseignement.

 

                                             

 

Dans l’après-midi ou la soirée, dans cette même salle ou dans la petite salle du 2° étage, nous pouvons aussi assister à un autre cours afin d'observer avec recul les façons d’enseigner dans des classes de niveaux débutants ou intermédiraires, des classes pour les seniors et des classes thérapeutiques (video cours thérapeutiques). Le dimanche matin, l'Institut est encore plein d'énergie avec les 2 cours pour enfants !
   
On ne fait bien sûr pas de photos pendant les cours : l’enseignant sur l’estrade a une vue circulaire sur le groupe de pratiquants, et quelques élèves avancés sont avec lui pour démontrer certaines postures.  Rigueur, sobriété des indications, exigence, rappel du lien à la tradition et à l’enseignement de BKS Iyengar au travers des multiples photos illustrant les asana (postures), mais aussi par des anecdotes vécues par les enseignants. Précision dans les ajustements et finesse des séances de pranayama étaient au rendez-vous. Une grande joie pour l'enseignante que je suis de me laisser guider, d’autant plus en y étant invitée par Sunita Iyengar, l’une des filles de Guruji :

« le mental, c’est moi pendant le cours… restez centrés et pratiquez ! »

 


 

Chaque enseignant a son tempérament bien sûr : certains plus portés vers la philosophie, comme Prashant, et avec lesquels je dois juste me glisser dans une atmosphère et découvrir, au fur et à mesure que se déroule le cours, les transformations qui s'installent dans la pratique elle-même et dans le regard que je porte sur la pratique. D’autres beaucoup plus techniques, ou très expressifs et pleins d’humour mais amenant aussi à un ressenti profond par d’autres chemins…  Au-delà de ces différences, je sens une belle unité dans cette équipe, une joie à transmettreselon ce que l'on nomme la méthode Iyengar, comme si l’énergie de Guruji peut-être, était présente ici sous toutes ces facettes.

 

                                             

     
Ganesha, le dieu à tête d’éléphant qui enlève les obstacles…
pour mieux nous laisser guider par Patanjali, le père des Yoga sutra, dont la statue est ornée chaque jour de fleurs fraîches.

 

                       

 

 Plus de 100 personnes dans cette grande salle, c'est beaucoup... L'hommage à Patanjali, chanté en début de cours, y prend toute son ampleur. Les enseignants indiens y sont très habitués et n'hésitent pas à organiser la classe en sous-groupes quand il y a besoin des murs par exemple, et pas question d'utiliser trop de supports. Dans cette promiscuité, les moments de pratique autonome sont parfois compliqués : quand chacun a sa propre pratique, enjambe les uns et les autres pour aller chercher une chaise et revient ... en trouvant parfois sa place occupée ! Certains jours j'en souris, d'autres fois j'ai plutôt envie de sortir boire un tchai avant d'aller pratiquer à l'appartement. Mais il y a aussi eu des temps de grand bonheur, dans un oubli total du nombre tant j'étais dans "ma" pratique tout en bénéficiant de la présence énergique du groupe, ou quand nous avons eu la chance d’être une vingtaine seulement : là, c'est incroyable de bénéficier de l'atmosphère de cette salle, le contact doux du marbre tiède et poli par tous ces pratiquants depuis tant d'années, tous les supports à disposition, les courants d'air par les fenêtres, les klaxons qui se raréfient après quelques jours de campagne électorale, la discrétion des uns et des autres, le regard que l'on peut poser sur des pratiquants plus avancés, ou plus âgés et qui savent si bien adapter leur pratique...

 


 
Et oui, c’est ici que les diplômes des professeurs du monde entier sont calligraphiés d’une main experte.

Toutes les informations pour s'inscrire et organiser un séjour à Pune sont sur le site de l'Association Française de Yoga Iyengar : AFYI : Pratiquer en Inde

 

Si l’emploi du temps est bien rempli, nous avons quand-même pris le temps entre amies de découvrir un peu plus Pune, à la recherche de lieux calmes car avec plus de 3 millions d’habitants, cette ville universitaire et industrielle est l’une des métropoles les plus développées du pays, dans le sillage de Mumbai. Au confluent des rivières Mula et Mutha, la ville est également un lieu historiquement très riche. Sous le règne de Shivaji au XVIIe siècle, Pune est devenue la capitale des Marathes et sa position fut renforcée par les Peshwa, les Premiers ministres héréditaires des rois marathes qui en firent une cité très développée sur le plan culturel et institutionnel. Après leur victoire sur les Marathes, les Britanniques l'ont transformée en ville de villégiature qui leur permettait de fuir la chaleur suffocante de Bombay.

 

                    

C’est sur cette colline surplombant Pune que les Peshwa choisirent d’édifier un temple dédié à Parvati. En plus d’une vue magnifique sur la ville, on y trouve maintenant plusieurs temples et un musée où sont exposés des répliques de peintures, des miniatures, des manuscrits et des armes.

 

 

                                       

 

  

 
Les rivières sont sacrées, comme le Gange, mais peuvent aussi servir à la lessive.

 

 
Lotus près du temple d’undédié à Ganesha

 

 

                

 

Les offrandes de fleurs et fruits dans les temples sont souvent de vraies compositions de couleurs et senteurs, mais les marchés de légumes comme à Budhwart Peth, ne sont pas en reste, l’esthétique doit être là pour attirer les clients et c’est un vrai plaisir pour les yeux !

 

                                           
 

 La tortue, symbole de notre capacité à nous intérioriser est souvent présente à l’entrée des temples.

                                                                              
                                                                                                                     Ganesha, surmonté d’un svastika qui est, avant toute autre « utilisation », un symbole de bon augure.

 

Sortir de la ville, avec des amies indiennes qui ont organisé une excursion à Sinhagad, nous a permis de voir un peu la campagne déjà très "sèche" mi-février alors que les pluies de la mousson sont encore loin. La forteresse se dresse au sommet d’une colline, à 1300 m d’altitude. Elle est un des hauts lieux des faits d’armes de Shivaji au 17° siècle, le fondateur de la Confédération marathe (un des Etats indépendants qui s'opposa aux empereurs moghols puis aux britanniques). En 1670, son général, Tanaji, fit escalader son armée en pleine nuit sur les pentes escarpées de la colline et défit les forces insuffisamment préparées de Bijapur (royaume musulman conquis en 1686 par l'empereur moghol Aurangzeb). La forteresse est ainsi entrée dans la légende.

 

         

 


 Au pied de ces collines, de nombreux villages d’où montent des femmes qui vendent leurs yaourts, absolument délicieux !

 

 

                        
 
Mon amie Vandana, après nous avoir fait découvrir ce fort, nous invite à monter jusqu’au temple de Parvati tout près de chez elle. Comme souvent, celui-ci est précédé d’un premier temple dédié à Ganesha, et j’apprécie toujours de voir comme ces lieux sont vivants, fréquentés par des familles entières, ouverts à tous. Nous en repartons avec une noix de coco "prasad", une offrande qui a été présentée à une divinité, afin qu'elle soit bénie à la suite d'un office religieux, une "puja", puis redistribuée aux fidèles.

 
                                        
Symboles des divinités (le taureau pour Shiva) et offrandes

 

 

                  

Nous avons également été conviées à participer à un cours de master de français dans lequel les étudiantes se sont exercées à nous interviewer avec traduction simultanée français / marathi ou hindi. Un joyeux moment avec ces femmes motivées pour apprendre notre langue, et pour certaines l’enseigner, ainsi que leur professeur qui a organisé tout cela. Qu’elles soient remerciées de ce temps d’échange où nous avons vu que nous avions finalement des préoccupations très similaires même si nous nous étonnons de certains comportements propres à chaque culture.

 

 

Elles nous ont d’ailleurs parlé de ce film : « Dangal », sorti fin 2016 en Inde et qui a eu quelques projections en France. Nous sommes donc allées le voir dans un cinéma de Pune, en version sous-titrée en anglais quand-même ! Dangal est un film dramatique biographique sportif indien, produit et réalisé par Nitesh Tiwari, basé sur l'histoire vraie de Mahavir Singh Phogat, qui a enseigné la lutte à ses filles Geeta Phogat et Babita Kumari, montrant donc une forme d'émancipation des femmes par le sport.

 

 

 
Avant de quitter Pune, après 3 semaines intenses de pratique du Yoga... comme un grand massage intérieur sur tous les plans, un mois riche de belles rencontres aussi, rien de tel qu’un massage ayurvédique dans un institut de qualité (Jeevana) : s’abandonner sous les filets d’huile de sésame chaude et les mains précises et puissantes de la jeune masseuse, fait oublier non seulement le temps (plus de 2 heures) et la fatigue mais jusqu’aux frontières du corps… un délice.

 

                        

 

Car la grande ville indienne, même si la pollution semble moindre qu’il y a une dizaine d’années (les rickshaws par exemple, roulent maintenant presque tous au gaz), c’est toujours une circulation intense et excessivement bruyante…sans klaxon, impossible de conduire en Inde !  Et si certains manifestent pour une ville plus propre, avec une priorité aux déplacements à vélo...

 

                                        
Le vélo pour l’instant reste marginal et surtout utilisé par ceux qui n’ont pas les moyens d’être motorisés.

 

 Un départ matinal pour quelques centaines de kilomètres avec des champs de blé, cannes à sucre, maïs… et quelques heures de bus plus tard, nous voici à Aurangabad, encore une grande ville où nous trouvons le calme dans un temple sikh.

 

                   
 
La ville est réputée pour l’industrie textile, en particulier le tissage "himroo", une spécialité de la région alliant soie et coton pour des saris et châle magnifiques. Il reste quelques ateliers artisanaux, travaillant encore avec des métiers Jacquard utilisant les cartes perforées comme on peut le voir dans les musées lyonnais.

 


 

 
Dans le marché de la vieille ville : il n’y a pas que le Yoga Iyengar qui cherche des alignements…           

 

 

ELLORA : à 25 km d’Aurangabad se trouve un ensemble de grottes absolument splendides, le site est classé patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Le long d’une falaise d’environ 100 m de haut et longue de 2 km, 34 cavités plus ou moins profondes se partagent l’espace. Elles ont appartenu successivement au bouddhisme, à l’hindouisme et au jaïnisme. Les premières furent construites entre le Ve et le VIIe siècle, le deuxième ensemble entre le VIIe et le Xe siècle, et enfin les dernières entre le IXe et le XIe siècle.

 
Ellora attire encore de nombreux pèlerins, et ce jour-là un groupe de moines bouddhistes japonais nous a fait la grâce de chants magnifiques aux pieds de ce Bouddha.

 

                 

 
Mon regard reste sensible aux représentations des yogis, comme dans les miniatures mogholes (lire l'article), et ici en levant les yeux, je trouve le lieu habité… aussi bien par un yogi délicatement sculpté que par les singes !

 

             
 

L’attraction majeure du site d’Ellora est le temple de Kailasa. Cette grotte, demeure de Shiva, est un des monuments les plus célèbres de l’Inde, creusée au VIIIe siècle. Il s’agit de la plus grande structure monolithique du monde (entièrement creusée dans la roche, depuis le sommet vers la base). Le nom de Kailasa vient du mont himalayen sur lequel Shiva est censé demeurer. La majesté de ce temple est sans commune mesure avec le reste et ses sculptures sont très travaillées, représentant des scènes de la mythologie hindoue.
Lire : Architecture en Inde, un art essentiellement sacré.
 

             
Certaines sculptures sont d’influence tantrique.


Un Tirthankara, dans une des grottes jaina.

 


Si les offrandes sont maintenant interdites dans ces lieux pour des raisons d’entretien et d’hygiène, on les retrouve très vite à l’extérieur de ce sanctuaire.

 

 

              
Le sobre mausolée de l’empereur moghol Aurangzeb, à Khuldabad, une petite ville fortifiée.

 

 

Au nord de la ville d'Ellora se trouve Bibi-Ka-Maqbara, appelé aussi « Baby Taj » ou « mini-Taj Mahal », ce mausolée fut érigé en 1679 par le fils d’Aurangzeb afin d’y abriter le tombeau de la bégum Rabia-ud-Dirani, la défunte épouse de l’empereur Aurangzeb. Il se voulait la réplique du fameux Taj Mahal, édifié 25 ans auparavant mais ne fut cependant pas construit en marbre, pour éviter des dépenses excessives, et ne doit sa blancheur qu’au plâtre.

 

 

 

 

 

AJANTA, à 100 km d’Aurangabad, cet ensemble remarquable de grottes bouddhiques est creusé à flanc de falaise dans un site en forme de fer à cheval et surplombant une rivière. Il comprend 30 cavités, dont 5 sanctuaires et 25 monastères. Ces grottes ont été creusées entre le I° siècle av JC et le VI° s ap JC, elles étaient occupées par une communauté de moines bouddhistes qui les ont ornées de magnifiques fresques rupestres. Des sculptures particulièrement fines ornent également les piliers et plafonds des cavités.

                        
 
  
Un Bouddha allongé se préparant à atteindre le nirvana.

 

Avant l’envol pour la France, une courte escale à Bombay nous permet d’aller sur l’ile d’Elephanta revoir ce labyrinthe de sanctuaires taillés dans le basalte abritant des sculptures impressionnantes, dont ce Shiva à 3 faces, destructeur, créateur et protecteur de l’univers, les yeux fermés en signe de contemplation.

 

                     

 

 


Sur l’île, les femmes œuvrent à l’entretien du site, un travail harassant par une chaleur déjà estivale pour nous avec plus de 35° C…

 

 

    
 
    
Au lieu de l’habituel tchai, souvent délicieusement épicé et avalé devant une petite échoppe de rue, nous prenons pour une fois le temps d’un thé dans le salon du somptueux hôtel
«Taj Mahal », parce que l’Inde c’est aussi ce contraste… toujours saisissant dans bien des domaines !

 

  
Les fenêtres du salon donnent sur la mer bien sûr…

 Au bord de laquelle, à quelques centaines de mètres, se trouvent aussi ces temples si simples :
un arbre suffit pour y installer une ou plusieurs divinités, chacun trouvera celle « qui lui parle » en lui faisant des offrandes… ce qui fait partie du quotidien de presque tous ici.

 

                             
 

 

 


 
  Une dernière fleur de frangipanier afin d’exprimer encore une fois toute ma reconnaissance pour ceux qui ont été sur mon chemin durant ce séjour,
la famille Iyengar et tous ceux qui transmettent cet enseignement dans le respect de cette tradition,
mes amies Juliette et Anne avec qui j’ai partagé ce mois de février,
pour Vandana et sa famille qui nous ont accueillies avec tant de fraternité, sa fille Manasi qui nous a invitées à son cours de danse Bharata Natyam,
son professeur de français et ses amies étudiantes,
pour Kiran qui nous a hébergées,
pour ma famille et tous ceux qui ont permis, d’une façon ou d’une autre, que ce séjour ait lieu.