Patanjali

 

Claire Arthus-Champon (2010)


PATANJALI : légende sur son origine

             Codificateur des Yoga Sutras (196 aphorismes ou sutras), Patanjali est également l’auteur d’un traité de grammaire et de médecine (~ 5°- 2° siècle avant JC). Pour certains, il s’agit vraiment d’un personnage historique, pour d’autres ce serait plutôt une collectivité intellectuelle.
En tout cas, les paroles de Patanjali sont considérées comme d'origine divine et l’on dit qu’il s’est incarné par sa propre volonté dans une forme humaine pour aider l'humanité. En effet, Patanjali est considéré comme une incarnation d’Ananta, ayant pris forme humaine, source de toute sagesse et gardien des trésors cachés de la terre.
 
Ananta, signifie sans fin ou sans limite, éternel ou infini. Reposant sur les eaux primordiales, il est le serpent cosmique, servant de couche au dieu Vishnu (le dieu qui préserve, maintient le monde) lorsque celui-ci se repose après la dissolution  d'un univers ancien, en attendant que Brahmâ (le dieu de la création) renaisse du lotus issu de son nombril pour créer un univers nouveau.
Ananta est représenté comme un serpent lové sur lui-même, le capuchon déployé en halo autour de la tête de Vishnu. Ses têtes sont multiples, au nombre de sept ou de mille.


Bien des légendes sont associées à Ananta,
parfois sous d'autres noms : Shesha, Vâsuki...

L'une des légendes raconte que le Seigneur Vishnu, reposant sur Ananta, regardait la danse enchanteresse du Seigneur Shiva, créant le monde en tapant puissamment le rythme avec ses talons. Vishnu était si complètement absorbé dans la danse de Shiva, que son corps commença à vibrer au même rythme. Cette vibration le rendit de plus en plus dense et lourd, bouleversant l’équilibre d’Ananta  qui était sur le point de s’effondrer, à bout de souffle… Lorsque la danse prit fin, le corps de Vishnu redevint lumière.
Ananta surpris, demanda à son maître la cause de ces changements prodigieux. Le Seigneur Vishnu expliqua que la grâce, la beauté et la majesté de la danse de Shiva avaient créé les vibrations correspondantes dans son propre corps, ce qui le rendit exalté. Émerveillé, Ananta désira apprendre l’art de la danse, de manière à exalter lui aussi son Seigneur.

Vishnu lui prédit qu’après avoir écrit un commentaire sur la grammaire, Shiva l’exaucerait. Il médita pour savoir qui serait sa mère sur la terre. Il eut alors la vision de Gonika,  une yogini (féminin de yogi, celui qui pratique le yoga) qui priait pour avoir un digne fils à qui elle pourrait transmettre son savoir et sa sagesse. Ananta comprit tout de suite qu'elle serait une bonne mère, et attendit le moment propice pour devenir son fils.

Gonika, pensant que sa vie terrestre touchait à sa fin, et que son désir d’avoir un fils resterait inaccompli, se tourna vers le Dieu du Soleil, témoin vivant de Dieu sur terre et le pria d’exaucer son désir. Elle prit de l’eau dans ses deux mains comme offrande, ferma les yeux et médita sur le Soleil. Comme elle était sur le point d'offrir l'eau, elle ouvrit les yeux et regarda ses paumes. À sa grande surprise, elle  vit s’agiter au creux de ses mains un petit serpent, qui prit rapidement une forme humaine.

Ce petit être humain se prosterna et lui demanda de l'accepter comme  fils. Ce qu'elle fit et elle le nomma Patanjali.
(Pata signifie tomber et anjali joindre les mains en prière).


Patanjali est représenté moitié humain, moitié serpent

 

Les 3 anneaux signifient qu’il a conquis et dépassé les 3 qualités primordiales (gunas)  à l’origine de toute chose : tamas, rajas, sattva.

-    Tamas : ce qui est obscur, inerte, lourd, dense, stable… qui maintient la personne dans l'ignorance, l'apathie, l'attachement.
-    Rajas : ce qui est vif, léger, actif… qui rend une personne active et énergique, tendue vers un but, pleine de désirs et de répulsions.
-    sattva : ce qui est lumineux, équilibré, harmonieux… qui conduit à la clarté et la sérénité, à la foi, au Divin.

Selon la philosophie hindoue, la Conscience (Purusha) se manifeste dans la Nature (Prakriti) selon ces trois formes ou qualités, dans des proportions très variées créant des potentialités infinies. Pour l'homme, sa vie et sa conscience, ainsi que tout le cosmos, sont les émanations de la Prakriti (la matière ou la nature ou la substance cosmique), émanations dont le caractère diffère selon que prédomine l'un ou l'autre de ces trois gunas qui sont toujours en interaction.

Tout ce qui élève le niveau de conscience de quelqu'un est "sattva" pour cet être. Tout ce qui l'abaisse est "tamas".
En ayurveda, le développement de sattva est recherché comme facteur équilibrant et source de santé.
En yoga aussi dans un premier temps : la pratique cherche d'abord à purifier le corps et l'esprit par les diverses disciplines. Une fois cette base "sattvique" développée, le yogi cherche à transcender les gunas, à travers la méditation pour aller vers samadhi, le but ultime de la quête.

"Au plus fort de sa méditation, le yogi entre en samadhi. Son corps et ses sens sont au repos comme s'il dormait, sa pensée et sa raison sont vigilantes comme en état de veille, cependant il est au-delà de la conscience. Une personne en état de samadhi est pleinement consciente et éveillée. C'est une paix qui dépasse tout entendement. Lorsqu'on compare samadhi à d'autres expériences, les sages répondent :
"netti ! netti !"
Ce n'est pas cela ! Ni cela !
L'état ne peut être décrit que par le silence profond. Le yogi a quitté le monde matériel pour se fondre dans l'Eternel"

                                                                                                                                                                                                               BKS Iyengar (Lumière sur le Yoga)

 


 

L'invocation à Patanjali est un hommage en sanskrit, souvent chanté en début de cours de Yoga pour manifester sa reconnaissance envers cette Tradition et celui qui l'a codifiée pour assurer sa transmission.

 

YOGENA CITTASYA PADENA VĀCĀM

MALAM ŚARĪRASYA CA VAIDYAKENA

YOPĀKAROTTAM PRAVARAM MUNĪNĀM

PATAÑJALIM PRĀÑJALIR ĀNATO'SMI

ĀBĀHU PURUSĀKĀRAM

ŚANKHA CAKRĀSI DHĀRINAM

SAHASRA ŚIRASAM ŚVETAM

PRANAMĀMI PATAÑJALIM

Je m'incline devant le plus noble des sages, Patanjali, qui apporta la sérénité de l'esprit par son oeuvre sur le yoga,
la clarté du discours par son oeuvre sur la grammaire et la pureté du corps par son oeuvre sur la médecine.
Je me prosterne devant Patanjali, une incarnation d'Ādiśesa dont la partie supérieure du corps a forme humaine,
dont les bras tiennent une conque et un disque, qui est couronné par le cobra à mille têtes.